Marine DRICOT

DOGGY BAG

Quand on a peu de lumière, notre regard se dirige vers celle que l’on trouve

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flyer

Cette phrase de Marine Dricot décrit à merveille le travail qu’elle poursuit depuis maintenant plusieurs années, malgré son jeune âge (elle est née à Liège en 1988). Sombre sans être désespérée, lucide sans être froide, pudique sans être réservée, la série « Doggy Bag », comme « Racine Carrée » auparavant, révèle l’empreinte, de plus en plus affirmée, d’un style qui s’est patiemment construit, sans image tapageuse, sans maniérisme, sans forçage ou accent spectaculaire d’aucune sorte. C’est au jour le jour que le travail de Marine Dricot gagne en intemporalité. On se doit de saluer cette pratique de la photographie qui a peu à peu gagné en intensité et en profondeur, au fil d’une patiente recherche et de l’exploration têtue d’une fascination pour l’image qui a gagné la jeune artiste dès ses 14 ans et qui a orienté très vite sa formation vers des études secondaire et supérieures artistiques en photographie (à l’Institut Supérieur des Arts Saint-Luc, Liège d’abord et ensuite à La Cambre).
Lauréate du concours Emerging talents from belgian schools of photography 2008 ainsi que du concours En quête de belgitude organisé par le Vif l’Express, elle a été notamment exposée à l’Espace Architecture de la Cambre (Bruxelles), à la 4ème Biennale de Photographie dans le Condroz (Marchin), et à BIP2010 – 7ème Biennale Internationale de Photographie et des Arts visuels de Liège. En 2010, elle collabore avec le collectif de photographes Nadaar ainsi qu’avec Loic Delvaulx, Philippe Herbet, Wim Knapenet et l’écrivain journaliste Catherine Vuylsteke. Ses photographies sont par ailleurs publiées dans le View Photography Magazine, le Vif l’Express, Paris-Match, L’Art même, Le journal des enfants (Vers l’Avenir), ainsi que sur le site soyons.net.
Obstinée, Marine Dricot l’est sans aucun doute. Sa personnalité, mélange de sensibilité et de conviction, terrienne et aérienne à la fois, déploie ses fragilités et ses forces dans des images soignées où s’ancre un rapport au monde qu’on devine encore fondamentalement irrésolu… La jeunesse est d’ailleurs l’une des figures récurrentes de ses photos, ainsi qu’un constant point d’interrogation auquel elle tente de donner réponse. On perçoit dans ses images une tension entre intimité vibrante et tentative d’objectivité, entre spleen et intense clairvoyance, entre ombre et lumière, donc, dans un clair-obscur en quête de justesse qui n’est pas sans évoquer les tableaux d’Edward Hopper.
Sa nouvelle série « Doggy Bag », qui prolonge la précédente, « Racine Carrée », très remarquée et récemment montrée au Carré d’Art – Chartres de Bretagne, est définie poétiquement par Marine Dricot :
Le doggy bag: une image qui, souvent, dérange, comme dans un film x où l’acteur a du mal à enlever ses chaussettes.
Dans son ciel-couvercle, l’errance immobile du héros raté, photographié dans les instants les plus inutiles à être regardés, ou saisis dans des scènes dont nous ne voudrions surtout pas être l’acteur.
« Doggy bag » est une fabrication d’images nourries du monde des images-en-boite-dans-le-salon de mon enfance.
Un plongeon dans notre mémoire collective, doigt posé sur la fragilité des repères et références de ma génération ; qui rassurerait, presque. Du moins, qui rappelle.
C’est un regard sur une jeunesse digérée. Trace de l’influence du foisonnement des images qui nous entourent, de leur prolifération autonome dans la mémoire, et la perception du souvenir avant même d’avoir été vécu. Une trace qui choisit pour nous, trop souvent, le passage qu’il vaudra mieux raconter.
Le souvenir de l’image plutôt que la photo du souvenir. Essai foireux de l’obtention du rêve de la veille.
Obnubilation à percevoir le présent comme un souvenir potentiel, renonçant ainsi à vivre le moment pour mieux le photographier et contempler encore la mise en suspension de l’acte, ou non-acte, auquel je n’ai pris part.
Le faire durer, le mettre au frais, le réchauffer.
La vaine illusion d’un doggy-bag d’instants sans date de péremption.

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